L’Anaga ne se visite pas comme la côte sud de Tenerife : ici, une même journée peut commencer dans la brume fraîche de Cruz del Carmen et se terminer face à l’Atlantique, au-dessus de Taganana ou de Benijo. Ce contraste est précisément ce qui fait du massif l’un des plus beaux terrains de randonnée à Tenerife, à condition de prévoir une sortie adaptée au relief et au microclimat.
Le massif occupe la pointe nord-est de l’île, entre Santa Cruz de Tenerife, San Cristóbal de La Laguna et Tegueste. Sur environ 14 400 hectares, les crêtes, les pentes boisées et les vallées profondes composent plusieurs paysages en un seul parc rural. Mon approche consiste à ne pas vouloir tout voir en une journée : l’Anaga récompense davantage les programmes simples, avec un secteur principal et une marge pour les changements de temps.
Pourquoi l’Anaga est unique à Tenerife
La grande signature de l’Anaga est la laurisylve, une forêt subtropicale humide considérée comme une relique de l’ère tertiaire. Elle subsiste aujourd’hui surtout en Macaronésie, notamment aux Canaries, à Madère et aux Açores. Dans l’Anaga, elle prospère sur les hauteurs et les pentes nord, là où les alizés apportent régulièrement des nuages bas et de l’humidité.
Sur le terrain, cela donne une ambiance radicalement différente des paysages volcaniques secs associés à Tenerife : lauriers, bruyères arborescentes, fougères, mousses et lichens ferment parfois complètement la vue. La lumière est douce, les troncs sont couverts de végétation et le sol reste humide même lorsqu’il fait grand soleil à Santa Cruz. Ce décalage est une découverte marquante lors des premières marches dans le massif.
- La crête centrale, entre La Laguna et le mirador Cruz del Carmen, convient aux promenades forestières et aux boucles balisées.
- Les pentes nord concentrent la brume, la fraîcheur et les zones de laurisylve les plus immersives.
- Les vallées abruptes descendent vers Taganana, Almáciga, Benijo, Igueste et Chamorga.
- Le versant sud-est est plus sec et s’ouvre davantage sur Santa Cruz et la mer.
Temps à prévoir : une première découverte satisfaisante prend une demi-journée ; une vraie journée de randonnée avec route panoramique, forêt et village côtier prend facilement 6 à 8 heures, trajets compris.
Préparer sa randonnée : l’équipement qui évite les mauvaises surprises
L’erreur classique consiste à partir habillé pour la plage parce qu’il fait chaud au départ. Dans l’Anaga, le brouillard et le crachin arrivent vite sur les crêtes, tandis que les descentes vers la mer peuvent être nettement plus chaudes. Ce n’est pas un massif où les baskets légères sont agréables dès que le sentier devient boueux ou pierreux.
Préparation → Vérifier le secteur et la météo locale → Adapter vêtements, durée et itinéraire
- Chaussures de randonnée à semelle adhérente, particulièrement utiles sous la laurisylve.
- Couche chaude légère et veste imperméable compacte, même en saison douce.
- Eau et encas : les villages ne jalonnent pas tous les itinéraires.
- Téléphone chargé avec carte hors ligne ou application de navigation préparée avant le départ.
- Protection solaire pour les sentiers côtiers et les parties exposées.
- Petite marge horaire : la brume ralentit l’orientation et les routes de montagne ne se parcourent pas vite.
Le parc est accessible toute l’année et son accès général est gratuit. Certaines portions ou certains itinéraires peuvent toutefois faire l’objet de conditions d’accès particulières : il est préférable de contrôler les informations en vigueur avant de quitter son hébergement, plutôt que de bâtir une journée entière autour d’un seul sentier.
Quand marcher dans l’Anaga
D’octobre à mai, le massif offre souvent son visage le plus vert. Les températures de randonnée se situent généralement dans une zone confortable, autour de 15 à 22 °C, tandis que la brume renforce l’atmosphère de forêt ancienne. C’est la période que je privilégie pour les sentiers de laurisylve : l’humidité fait partie de l’expérience, sans imposer la chaleur des descentes estivales.
De juin à septembre, les hauteurs peuvent rester agréables le matin, mais les chemins bas et côtiers deviennent plus exigeants. Les vallées orientées vers Taganana, Almáciga ou Benijo exposent davantage à la chaleur et au soleil. Une sortie matinale est alors nettement plus confortable.

Météo de Santa Cruz → Contrôle de Cruz del Carmen et de la côte nord → Décision sur l’itinéraire
Ce réflexe est essentiel : le beau temps de la capitale ne prédit pas celui de la crête. Un brouillard dense peut réduire les panoramas au Pico del Inglés, puis se dissiper quelques kilomètres plus loin. En revanche, la forêt reste superbe même sans vue dégagée ; mieux vaut considérer les panoramas comme un bonus plutôt que comme l’unique objectif de la journée.
Trois façons de découvrir l’Anaga à pied
Les trois programmes ci-dessous ne demandent pas le même niveau d’endurance. Ils permettent de choisir selon le temps disponible, l’envie de forêt ou de mer, et la météo observée au départ.
| Programme | Pour qui | Durée de marche | Point fort | Vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Sentier des Sens à Cruz del Carmen | Débutants, familles, journée courte | 30 à 45 min | Immersion immédiate dans la laurisylve | Sol humide après le crachin |
| Boucle forestière et miradors autour de Cruz del Carmen | Randonneurs intermédiaires | 2 à 4 h | Forêt, crêtes et ouvertures sur La Laguna | Brume et orientation sur les embranchements |
| Vallées de Taganana, Almáciga et Benijo | Marcheurs à l’aise sur terrain montagneux | Journée à organiser | Passage de la montagne à l’océan | Chaleur, routes sinueuses et mer agitée |
1. Cruz del Carmen et le Sentier des Sens : la meilleure première approche
Le mirador Cruz del Carmen est la porte d’entrée la plus simple pour comprendre la forêt de l’Anaga. Depuis La Laguna, comptez environ 20 à 30 minutes de route par la TF-12. Le centre des visiteurs est le bon point de repère pour commencer sans pression, notamment lorsqu’une arrivée tardive ou une météo incertaine rend une longue randonnée peu raisonnable.
Le Sentier des Sens, aussi appelé PR-TF 1, mesure environ 1,3 km selon la variante choisie. Il se parcourt en 30 à 45 minutes. Ses petites stations invitent à observer, sentir et toucher la forêt : c’est bien plus qu’une simple promenade de délassement, car il apprend à ralentir et à remarquer la végétation qui disparaît souvent derrière le brouillard.
Étape 1 → Partir de Cruz del Carmen sur le sentier balisé → Découvrir la laurisylve sans engagement physique important
Cette option est particulièrement efficace le premier jour d’un séjour, lorsque l’on ne connaît pas encore la météo locale. Elle évite de transformer une découverte de l’Anaga en course contre la montre.

2. Prolonger dans la forêt et viser les miradors
Autour de Cruz del Carmen, plusieurs sentiers balisés permettent de construire des boucles de 2 à 4 heures. Le principe le plus sûr consiste à choisir une boucle identifiable, puis à conserver le même point de départ et d’arrivée. Cette organisation limite la dépendance aux horaires de bus ou à une navette entre deux vallées.
Étape 2 → Choisir une boucle forestière balisée → Marcher dans la laurisylve puis rejoindre un mirador si la visibilité le permet
Le Pico del Inglés fait partie des arrêts panoramiques intéressants lorsque le ciel s’ouvre. Pourtant, ce n’est pas un lieu à programmer uniquement pour la photo : lorsque les nuages s’accrochent à la crête, la forêt reste la véritable récompense. Ce changement de perspective évite une déception fréquente chez les visiteurs qui attendent un panorama permanent.
3. Descendre vers les villages perchés et l’Atlantique
Les vallées de l’Anaga sont le lien le plus spectaculaire entre randonnée et vie locale. Depuis Santa Cruz, l’accès par San Andrés puis les routes TF-12 et TF-134 demande généralement 45 à 60 minutes jusqu’à Taganana, selon la circulation. Les routes sont étroites, sinueuses et imposent un rythme lent : prévoir le temps de conduite fait réellement la différence.
Taganana, Almáciga, Benijo, Igueste et Chamorga ont chacun une identité de bout du monde. Les pentes y plongent brusquement vers l’océan, les reliefs ferment l’horizon et les hameaux semblent tenir aux flancs des ravins. Pour préparer une halte ou une marche dans ce secteur, consultez aussi notre guide consacré à Taganana.
Étape 3 → Rejoindre un village de vallée → Combiner marche, pause locale et panorama maritime sans sous-estimer le retour
Le littoral de Benijo et d’Almáciga est magnifique, mais la mer y est souvent agitée. Une randonnée peut se poursuivre par une vue sur la plage, pas nécessairement par une baignade. J’évite de caler un horaire trop serré dans cette zone : un arrêt imprévu pour profiter d’un point de vue ou une circulation lente sur la route suffit à décaler toute la journée.

Venir sans voiture : une stratégie plus simple qu’elle n’en a l’air
Le réseau de bus Titsa dessert plusieurs accès au massif, dont Cruz del Carmen et Taganana. C’est une solution utile pour les randonnées linéaires, car elle évite de devoir revenir au véhicule après une longue descente. En pratique, le bus fonctionne surtout si l’on a vérifié les horaires avant le départ et prévu une marge en fin d’après-midi.
Transport public → Identifier le bus de retour avant de marcher → Transformer une descente en itinéraire linéaire
La voiture reste pratique pour relier les miradors et les départs de sentiers, mais elle ne rend pas les itinéraires plus rapides. Les virages et les croisements étroits demandent calme et concentration. Pour une première expérience, la combinaison La Laguna – Cruz del Carmen est généralement plus reposante que la traversée complète vers les villages côtiers.
Les difficultés les plus courantes et comment les gérer
- La brume masque les repères : restez sur le balisage, gardez une carte hors ligne et renoncez à une bifurcation non préparée.
- Le sentier est glissant : réduisez l’allure dans les passages humides. Les racines, pierres et feuilles mouillées demandent plus d’attention que le dénivelé lui-même.
- Le panorama disparaît : gardez le programme forestier ; la laurisylve conserve tout son intérêt sans ciel bleu.
- Le retour paraît trop long : dans les vallées, les distances routières et les virages pèsent davantage qu’attendu. Fixez une heure de demi-tour avant de commencer.
- La chaleur monte en descendant : retirez une couche, buvez régulièrement et évitez les portions exposées aux heures les plus chaudes en été.
Ce qui fonctionne le mieux est une planification à deux niveaux : un itinéraire principal et une version courte proche de Cruz del Carmen. Cette solution donne de la souplesse sans sacrifier la journée si le brouillard devient trop épais ou si la fatigue arrive plus tôt que prévu.
Quelques habitudes pour profiter davantage du massif
Pour une expérience plus riche, je conseille de distinguer les journées « forêt » des journées « côte ». Chercher à faire une grande randonnée de crête, plusieurs miradors, Taganana et Benijo dans le même créneau conduit souvent à passer trop de temps en voiture. La meilleure journée dans l’Anaga laisse de l’espace au paysage, aux pauses et aux changements de lumière.
- Partez tôt pour trouver des routes plus calmes et une lumière douce dans la forêt.
- Gardez les panoramas dégagés pour les fenêtres météo favorables, notamment autour du Pico del Inglés.
- Privilégiez une boucle courte lorsque vous découvrez le massif pour la première fois.
- Réservez les vallées côtières à une journée où vous acceptez de rouler lentement.
- Respectez les sentiers, la végétation et le calme des hameaux : l’Anaga reste un espace rural habité autant qu’un décor de randonnée.
À retenir pour une première randonnée dans l’Anaga
Forêt d’abord, panorama ensuite : Cruz del Carmen et le Sentier des Sens offrent l’entrée la plus accessible dans la laurisylve, tandis que les boucles de 2 à 4 heures conviennent aux marcheurs déjà à l’aise.
Prévoir plutôt que subir : chaussures adhérentes, couche imperméable, carte hors ligne et programme souple permettent de profiter de la brume, des crêtes et des villages de l’Anaga dans de bonnes conditions.